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Aéroport de Bobo-Dioulasso : un potentiel sous-exploité
Publié le 30/07/2015        Partager sur : facebook   twitter   google 
L’aéroport international de Bobo Dioulasso se meurt-il ? C’est bien la question que l’on est tenté de se poser au regard de la raréfaction des vols d’avions au départ et à destination de cette aérogare qui, de fait, perd son caractère international. Car à ce jour, seule la compagnie nationale Air Burkina dessert la deuxième ville du pays des Hommes intègres avec seulement deux vols par semaine. Constat !
Même à bord d’Air Burkina, les passagers à destination de Bobo-Dioulasso se comptent au bout des doigts. Deux fois par semaine, soit les mardis et les jeudis, seuls quelques rares voyageurs, des hommes d’affaires pour la plupart, se partagent le large tarmac de l’aéroport de Bobo-Dioulasso pour embarquer à bord de la compagnie nationale, destination Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Pourtant, la réalisation de cette plateforme aéroportuaire qui remonte au début des années 60 visait à relever un grand défi, celui de desservir la capitale économique et touristique du Burkina Faso.
Le projet avait donc vu grand. Et c’est sans doute pourquoi l’aérogare internationale de Bobo-Dioulasso dispose, selon la Délégation aux activités aéronautiques nationales (DAAN), de la deuxième plus longue piste d’atterrissage de la sous-région ouest africaine, après celle de l’aéroport de Dakar au Sénégal. Elle fonctionne depuis toujours selon les normes internationales, et a même connu d’importants travaux de réaménagement ces dernières années. Ce qui lui a valu un accroissement conséquent de sa capacité d’accueil qui atteint aujourd’hui 150 000 à 200 000 passagers par an.
L’on se rappelle en effet qu’en 2010, à la faveur de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Burkina, l’aérogare passagers et le salon d’honneur ont été totalement rénovés et équipés. Et dès l’année suivante (2011), une nouvelle tour de contrôle a été construite, équipée et inaugurée en grande pompe le 5 mars 2012 par l’ex-Premier ministre Luc Adolphe Tiao, à l’occasion d’une cérémonie au cours de laquelle les autorités locales et les opérateurs économiques s’étaient engagés à assurer une véritable relance de l’activité aéroportuaire à Bobo, question de booster l’économie de la région.
Opportunément, le projet de dynamisation de l’activité aéroportuaire de Bobo-Dioulasso avait été porté par la compagnie Colombe Airlines qui, malheureusement, a fait long feu sur la liaison aérienne Ouagadougou-Bobo Dioulasso. Pourtant, ses deux vols par jour avaient commencé à faire du bien à pas mal de citoyens de Bobo-Dioulasso, à l’image de cet avocat qui se réjouissait déjà à l’idée de pouvoir se rendre à Ouagadougou « gérer ses affaires » le matin et de pouvoir regagner Bobo-Dioulasso en fin d’après-midi du même jour, par le truchement de ces vols réguliers. « La compagnie aérienne nous a été d’une grande opportunité. Je pouvais venir gérer des dossiers le matin et regagner la capitale dans la soirée. C’était assez économique et pratique », explique l’avocat.
Comme lui, beaucoup de Burkinabè avaient apprécié l’initiative. Les bureaux de Colomb Airlines installés dans les locaux de l’aéroport ne manquaient pas de clients venus acheter le billet d’avion ou pour une réservation. « Il fallait souvent réserver deux jours à l’avance au risque de ne pas avoir de places », se rappelle encore l’avocat.
Pendant les quelques mois qu’a duré le trafic, les appareils de Colombe Airlines ne désemplissaient pas de passagers. Sans doute en raison du coût relativement moins cher du billet Ouaga-Bobo ; 70 000 FCFA l’aller-retour.
Colombe Airlines va « très bientôt » reprendre ses vols au départ et à destination de Bobo Dioulasso, si l’on se fie à l’optimisme affiché par son chef d’agence à Bobo-Dioulasso, Adama Kobé.
En attendant, seule Air Burkina fait la pluie et le beau temps sur la longue piste d’atterrissage de l’aéroport international de Bobo qu’elle partage très rarement avec des aéronefs de la base aérienne 511. Pour ainsi dire, les autres compagnies aériennes qui fourmillent à l’aéroport de Ouagadougou s’abstiennent toujours de s’aventurer sur la destination Bobo-Dioulasso. Et pourquoi donc cette bouderie ?
Nous avons posé la question à Bintou Ouattara, agente commerciale chez Tropic voyage, la principale agence de voyage établie à Bobo-Dioulasso. Elle explique le « survol » de l’aéroport de Bobo-Dioulasso par la rareté des passagers au départ de Bobo-Dioulasso. « Compte tenu des importantes charges liées à l’atterrissage, les compagnies aériennes préfèrent ne pas transiter par Bobo pour seulement deux ou trois passagers », explique-t-elle. Tropic voyage, d’après la commerciale, reçoit par semaine en moyenne une centaine de clients dont la plupart préfèrent réserver et acheter leurs billets d’avion pour un vol au départ de Ouagadougou.
Face à cette morosité de la clientèle de Bobo-Dioulasso, certaines compagnies étrangères à l’image de la RAM (Royale Air Maroc) qui avaient en projet de fouler régulièrement le tarmac de Bobo-Dioulasso, ont dû remettre leurs ambitions à plus tard. D’autres encore, comme Air Côte d’Ivoire, qui ont Bobo-Dioulasso sur leur trajectoire, s’abstiennent pour l’instant, et certainement pour longtemps encore, de partager le marché avec Air Burkina. Amadou Dayo, opérateur économique à Bobo-Dioulasso nous a confié avoir proposé la destination Bobo-Dioulasso au chef d’agence de Turkish Airlines pour qui « les choses sont plus compliquées qu’elles ne paraissent ».
Pour l’instant donc, c’est à plus de 10 000 mètres d’altitude que la plupart des avions de ligne des compagnies étrangères survolent l’aéroport de Bobo Dioulasso qui, par conséquent, n’est international que de nom. Pourtant, les frais d’entretien permanent de cette plateforme aéroportuaire sont évalués à coût de milliards de F CFA si l’on en croit Richard Ouandaogo, cadre des infrastructures et génie civil, directeur par intérim de l’aéroport international de Bobo-Dioulasso. Il précise que ces frais sont majoritairement pris en charge par l’ASECNA. En plus de l’entretien courant, il y a la mise à niveau continue du personnel pour bien assurer la gestion de l’aéroport, le rendre permanemment prêt à accueillir n’importe quel type de Boeing. « Presque tous les deux ans, on nous envoie en formation, mais nous n’avons pas l’occasion de le mettre en pratique, parce qu’il n’y pas grand-chose », déplore M. Ouandaogo. Avant de préciser les chiffres de l’entretien en ces termes : « Pour 2012/2013 par exemple, nous avons mis des milliards pour l’entretien de l’infrastructure, les équipements. Nous sommes dans l’aéronautique et il n’y pas de petit entretien ».
L’aéroport, à en croire Richard Ouandaogo, est beaucoup plus maintenu sinon plus que celui de Ouagadougou avec la présence chaque jour d’une équipe pour le nettoyage, le désherbage, et bien d’autres. Mais tout ça, pour seulement deux petits vols par semaine.
Bassératou KINDO
Lefaso.net
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